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analyse situation femmes sans-papiers: msg#00048politics.activism.zpajol
Nous commencons à faire circuler ce dossier établi à partir de notre expérience militante, afin de rechercher un soutien et une prise en compte de la situation de ces femmes sans papiers et de favoriser le dévelopement de la connaissance sur ce sujet. Le texte est asez long, mais nous avons voulu donner des précisions. Merci de le transmettre à toute personne potentiellement interessée. Vous pouvez aussi demander le texte imprimé. DOSSIER La situation des femmes sans-papiers en France Analyse et exemples tirés de l¹expérience du RAJFIRE Notre Réseau pour l¹autonomie des femmes immigrées et réfugiées (RAJFIRE) lutte pour les droits et l¹égalité des femmes étrangères, immigrées et réfugiées en France, comme le montre sa plate-forme intitulée Femmes unies et solidaire contre toutes les exclusions que vous trouverez ci-jointe. Constitué il y a deux ans, mais dans la continuité d¹engagements bien plus anciens, il réunit des associations (notamment la FASTI, la Maison des femmes de Paris, l¹ASFAD, Pluri-elles Algérie, Réseau femmes Ruptures...), des groupes (Femmes libres-Radio Libertaire...), et des femmes individuellement, étrangères et françaises. Il participe au Collectif pour les droits des femmes et à la Marche mondiale des femmes de l¹an 2000 ; il est en relation avec les Collectifs de sans-papiers luttant pour la régularisation de tous et toutes les sans papiers, les mouvements de défense des immigrés et les nombreux groupes ou permanences juridiques et sociales qui accueillent des personnes étrangères En somme, il vise à appuyer et faire reconnaître par les mouvements sociaux et dans la vie politique les exigences de droits, d¹égalité, et d¹autonomie dont sont porteuses les femmes immigrées, étrangères et réfugiées en France . Dans le cadre de ses objectifs, le RAJFIRE soutient les femmes sans papiers dans leurs démarches administratives et juridiques et les aide à s¹organiser. Nous voulons que les femmes sans-papiers obtiennent des droits que nous estimons légitimes. Nous souhaitons qu¹elles puissent s¹organiser et s¹unir afin d¹obtenir ces droits, construire une solidarité entre elles, s¹exprimer et agir dans l¹espace public. Les femmes sans papiers qui se réunissent dans le cadre de notre réseau ont élaboré un Manifeste, daté de novembre 1999, qui fait connaître leurs points de vue et leurs revendications et que vous trouverez ci joint. Depuis un an, plus d¹une soicataine de femmes sans-papiers sont entrées en contact avec le RAJFIRE (Région parisienne), depuis Paris et la banlieue et d¹autres régions.Les témoignages recueillis et les échanges qui ont eu lieu à l¹intérieur du réseau nous permettent de faire connaître certains situations particulièrement dramatiques et qui exigent une solution. L¹analyse des dossiers de demande de titre de séjour des femmes sans-papiers dans le cadre de la circulaire de 1997 ou de la loi de 1998 montrent les difficultés qu¹ont ces femmes à faire reconnaître leur droit au séjour en France et les obstacles auxquels elles se heurtent du fait de la politique d¹immigration et des pratiques des autorités françaises, dans certains cas des codes de statut personnel de leur pays, et plus généralement des préjugés et des stéréotypes qui ne donnent des femmes immigrées que l¹image d¹épouse et de mère, de personnes dépendantes. Pour une large part, ces difficultés sont rencontrées aussi par les hommes étrangers sans papiers. Mais certains problèmes sont plus spécifiques aux femmes. Les difficultés des femmes sans papiers à faire reconnaître leur droit au séjour : la non reconnaissance des femmes célibataires, des femmes travailleuses, de la diversité des liens familiaux et personnels De nombreuses femmes sans papiers ont construit leur vie en France et ne peuvent envisager de voir détruit, par une expulsion, des années d¹efforts et d¹espoirs. Certaines sont célibataires, de façon volontaire et assumée ; en raison de ce choix, elles ne veulent pas revenir dans leur pays d¹origine ; elles travaillent, de façon non déclarée bien entendu, comme employées de maison le plus souvent ; elles aspirent à la liberté, à l¹autonomie, à tous les droits dont sont censées jouir les femmes en France. Les demandes de titre de séjour « vie privée et familiale » de femmes célibataires se heurtent le plus souvent à un refus, et le titre de séjour « salarié » ne leur est pas accessible car elles sont le plus souvent employées de maison ou ouvrières. Célibataires, séparées ou divorcées, des femmes, parfois âgées de 40 ou 50 ans, n¹ont plus de famille proche dans leur pays d¹origine ; si elles ont encore des parents, il y a longtemps qu¹elles ont pris leur autonomie à leur égard ; parfois, ce sont elles qui par leur travail font vivre ces parents âgés, ou des enfants. L¹argument, souvent opposé par les autorités préfectorales de l¹existence d¹une famille au pays, n¹est donc pas pertinent. La sociologie de l¹immigration féminine a changé : outre les femmes qui viennent rejoindre un résident installé en France (regroupement familial), de plus en plus nombreuses sont les femmes qui viennent seules, ou avec une soeur ou un frère, afin de trouver du travail. Les demandes de séjour de ces femmes ne sont pas prises en compte Plusieurs femmes sans-papiers que nous avons rencontrées vivent maritalement avec un compatriote ayant le statut de résident. Même quand cette relation maritale est attestée par une déclaration en mairie, elle est souvent considérée par les autorités préfectorales comme insuffisamment prouvée ou non prise en considération, surtout quand le couple n¹a pas d¹enfants. Enfin il y a des femmes sans-papiers qui ont une grande partie de leur famille ici, frères et soeurs, cousins et cousines, oncles ou tantes, qui sont résidents et dont certains ont même la nationalité française. Plusieurs vivent avec leur soeur ou cousine. Or ce type de liens familial est tout à fait important pour elles, d¹autant plus qu¹elles trouvent dans la vie en commun avec une soeur ou une cousine une solidarité et une protection. Mais il n¹est pas reconnu important par la législation française, qui privilégie les liens conjugaux ou avec les ascendants. Beaucoup de femmes-sans papiers travaillent, le plus souvent chez des particuliers (garde d¹efants, ménage) qui refusent de délivrer des attestations, ce qui leur rend très difficile de « prouver » selon les critères des préfecture leur présence en France. Il en est de même pour disposer de preuves de leur domicile, car elles sont souvent hébergées chez des proches, ou chez l¹employeur Toutes ces femmes ont multiplié les démarches ; ayant subi un refus de régularisation dans le cadre de la circulaire de juin 1997, elles demandent aujourd¹hui un titre de séjour sur la base de l¹article 12 bis de l¹Ordonnance de 1945 modifiée (durée du séjour en France, liens personnels et familiaux en France), mais rencontrent une succession de refus. Les autorités préfectorales leur répondent qu¹elles ne donnent pas suffisamment de preuves de la durée de leur séjour en France ou que leurs liens personnels et familiaux en France sont insuffisants, ou encore que leurs ascendants, et parfois leurs enfants, sont à l¹étranger. - M., marocaine, née en 1949, divorcée peu après son mariage, dont les parents sont décédés, vit en France depuis 1994 et dans une relation maritale avec un étranger résident en France. Toutes ses démarches ont été vaines et elle a eu un arrêté de reconduite à la frontière, avec l¹argument est qu¹elle n¹a pas de preuve de l¹ancienneté suffisante de cette relation maritale. - D., algérienne, est en France depuis 1991, avec tous les justificatifs de sa présence depuis cette date ; son frère vit en France, et elle-même vit en concubinage avec un algérien résident depuis 1994. Sa demande de titre de séjour a été refusée. - N., marocaine, née en 1956, vit avec un marocain résident en France depuis 1992. Toutes ses démarches de régularisation ont échoué, la préfecture soulignant que son père et deux de ses soeurs vivent au Maroc. - F., marocaine, née en 1959, vit en France depuis 1990, avec un de ses frères, résident ; un autre frère est marié à une française ; elle a des soeurs, cousins, cousines, résidents ou même naturalisés. Elle a travaillé de façon légale dans une entreprise de nettoyage entre 1993 et 1996 et elle a une promesse d¹embauche d¹une entreprise de bâtiment. Ses démarches dans le cadre de la circulaire de 1997 ont été vaines. Il lui faut déposer à nouveau un dossier demandant une carte de séjour « vie privée et familiale ». - Z. , algérienne, est en France depuis 11 ans ; elle était domestique et subissait des conditions proches de l¹esclavage, vivant chez l¹employeur, sans être payée, sans pouvoir nouer des liens à l¹extérieur. Elle éprouve de grandes difficultés à trouver les preuves de son séjour ininterrompu en France afin d¹être régularisée. Conflits familiaux, contraintes familiales, codes de statut personnels : obstacles au droit au séjour en France Les aléas de la vie familiale et conjugale pèsent aussi sur leur possibilité de régularisation. Dans certains cas, des femmes sont venues rejoindre leur mari, résident, en espérant obtenir le regroupement familial après leur arrivée. Mais la loi impose de demander le regroupement familial avant son départ, et les préfecture leur répondent souvent qu¹il faut repartir faire les démarches. Même des conjointes de Français rencontrent ce problème. Les femmes sont tout à fait démunies si, ce quia arrive parfois, les maris qu¹elles sont venues rejoindre, ont refusé de faire les démarches de regroupement familial, et se sont séparés de son épouse (répudiation, divorce, séparation de fait). Si des femmes ont obtenu un titre de séjour en raison de leur mariage avec un Français ou un étranger titulaire d¹un titre de séjour, le divorce entraîne le refus de renouvellement de leur titre de séjour. Cela peut contraindre des femmes à demeurer dans des situations de violence domestique. Nous avons rencontré enfin le cas de jeunes femmes, résidant régulièrement en France, parfois nées en France, que leur famille a contraint au retour dans leur pays d¹origine et au mariage. Lorsqu¹elles reviennent en France, elles ont perdu tous leurs droits au séjour en raison de cette absence. - R., marocaine, depuis 1990 en France, était venue rejoindre son mari, qui s?est séparé d¹elle dès qu¹elle a commencé des démarches de régularisation dans le cadre de la circulaire de 1997. Elle a eu des refus, avec l¹argument qu¹elle n¹avait pas de preuves de sa vie conjugale en France. Maintenant elle vient de déposer une demande sur la base de ses dix ans de présence en France. - Z., Algérienne, née en France en 1962, était en situation régulière en France ; rentrée en Algérie pour des vacances avec sa famille, elle a été empêchée de repartir et a été mariée. Cela a duré 16 ans, sans la possibilité d¹échapper à la pression familiale, retenue aussi par le fait qu¹elle a eu trois enfants. Revenue en France en 1999, elle se trouve sans papiers. - M., djiboutienne, s¹est vue refuser le renouvellement de sa carte de résidente, qu¹elle avait obtenue par son mariage avec un ressortissant français, en raison du divorce survenu ultérieurement. Une autre situation dramatique est celle des femme mariées à des hommes polygames, car cela les empêche d¹avoir le droit légal au séjour, bien qu¹évidemment elles ne soient pas responsables de cette situation. Dans certains cas ces hommes font venir tour à tour leurs épouses en France, elles perdent donc leurs droits à chaque départ. Par ailleurs, selon la législation de statut personnel de certains pays, l¹épouse ne peut pas divorcer sans le consentement de son mari. C¹est le cas des Marocaines, car la loi de statut personnel marocaine est appliquée en France en vertu d¹accords bilatéraux. - A., sénégalaise, est en France depuis 1978 et a disposée d¹une carte de résidente de 1985 à 1995, mais le mari, l¹a fait repartir au Sénégal, ce qui fait que sa carte n¹a pas été renouvelée. Elle a obtenu le divorce en 1998. Elle est revenue en France, mais se trouve sans papiers, et la durée de son séjour antérieur n¹est pas pris en compte. -- H., Algérienne, est en France depuis 9 ans, mais mariée, sous la contrainte d¹ailleurs, avec un homme ayant deux épouses. Avant toute démarche de régularisation, elle doit faire reconnaître la séparation et si possible obtenir le divorce, sinon elle n¹a aucune chance d¹avoir une carte de séjour. Le droit d¹asile non reconnu pour les femmes victimes de violences sexistes Il faut souligner enfin la le refus d¹accorder l¹asile en France aux femmes victimes de violences subies en tant que femmes : viol, mariage forcé, violences domestiques, excision (pour elles ou leurs filles), mise en danger par des groupes intégristes... La Convention de Genève pourtant reconnaît comme motif pour obtenir le statut de réfugié les persécutions subies en raison de « l¹appartenance à un certain groupe social ». Les femmes ne forment-elles pas un groupe social ? Les preuves qui sont demandées sont le plus souvent impossibles à fournir. Enfin ces violences, quand elles ne sont pas le fait de l¹État, ce qui est le cas le plus fréquent, ne sont pas reconnues. La nouvelle procédure d¹asile territorial ne remplit pas son rôle. Très peu de femmes ont obtenu cet asile territorial. Sachant toutes ces difficultés, beaucoup de femmes renonent à demander l¹asile. Si elles sont déboutées de leur demande, comme il est impossible qu¹elles partent, elles sont aussi des sans-papiers. - F., guinéenne, âgée de 25 ans, a subi un mariage forcé accompagné de séquestration, viol et violence. Elle a pu fuir et a déposé une demande d¹asile en avril 1999. L¹ OFPRA et la Commission des recours a rejeté se demande. F. ne peut maintenant qu¹espérer une régularisation par bienveillance des autorités préfectorales.. Précarité, surexploitation et violences Voici donc quelques exemples de la situation de femmes sans papiers, principalement du Maghreb et d¹Afrique sub-saharienne, que nous avons rencontrées. Il nous faut encore souligner quelques faits importants. Contrairement à une idée répandue dans l¹opinion, le fait d¹avoir des enfants nés en France ne donne aucun droit au séjour, si ces enfants ne sont pas français (ils ne le seront qu¹à 16 ans minimum, la loi sur le code de la nationalité en 1993 ayant supprimé la possibilité de déclaration de nationalité des enfants mineurs par leurs parents). Ces enfants subissent eux aussi les conséquences de la situation de leur mère. Ces enfants ne peuvent pas être expulsés, de plus ils sont scolarisés en France, parlent francais. Mais leur mère peut être l¹objet d¹un arrété de reconduite à la frotière. Que se passe t til si elle est expulsée ? L¹absence detitre de séjour, outre qu¹elle signifie toujours un danger d¹arrestation, rend impossible ou très difficile l¹obtention de tous les autres droits : - pas de droit au travail déclaré : la plupart des femmes sans-papiers, femmes de ménage, employées de maison, ouvrières...) ont salaires sont très bas et de très longues heures de travail, dans des conditions qui confinent parfois à l¹exclavage. - pas de droit au logement indépendant : la plupart de ces femmes sont contraintes à vivre avec des proches ou chez l¹employeur, logement qu¹elles perdent si elles perdent leur travail - pas de droit à la formation professionnelle et aux études - pas de droit à la santé : soins médicaux, achat de médicaments, de moyens contraceptifs ne leur sont pas remboursé par la sécurité sociale. Nous pouvons témoigner que certaines sont en mauvaise santé physique ou psychologique et que cela est entre autres raisons du à leurs conditions d¹existence. Du fait de leur situation irrégulière, à laquelle s¹ajoute la précarité du logement et du travail et le manque de ressources financières, ces femmes peuvent être menacées dans leur intégrité physique et morale : que peuvent-elles faire en cas de chantage ou de harcèlement sexuel ? Peuvent-elles porter plainte en cas de viol, de violences domestiques ? Quelle est leur protection par rapport aux réseaux de proxénétisme, aux hommes qui profitent de leur précarité ? Il faut souligner aussi que toutes les démarches administratives, qu¹elles concernent le titre de séjour, mais aussi le divorce, le mariage, les démarches concernant les enfants, sont difficiles pour des femmes en situation très précaire, craignant toujours d¹être dénoncées, peu informées de leurs droits, et parfois rejetées par les services sociaux et administratifs peu informés et qui leur disent que des « sans papiers » n¹ont aucun droit. Beaucoup de femmes sans-papiers ne réussissent pas à faire les démarches longues et complexes que nécessitent leur régularisation, ou abandonnent en cours de route. En effet, sans l¹aide d¹un collectif ou d¹une association, cela est pratiquement impossible. Il faut connaître les lois, les circulaires, savoir écrire en français,or les femmes dans certains pays n¹ont pas accès à ces connaissnaces. Il faut surmonter les rejets, les humiliations, la peur, le découragement. Il faut avoir le temps de se rendre dans tous les bureaux, dans les réunions... Il peut arriver aussi que leurs proches estiment que ce n¹est pas aussi important pour une femme que pour un homme d¹avoir les papiers et elles reçoivent moins d¹appui pour leurs démarches. Il est nécessaire et urgent que la situation de ces femmes sans-papiers soit résolue par leur régularisation !. RAJFIRE (Réseau pour l¹autonomie des femmes immigrées et réfugiées), c/o Maison des femmes, 163 rue de Charenton, 75012 Paris, ou FASTI, 102 avenue Maurice Thorez, 94200 Ivry sur Seine Claudie Lesselier claudie.lesselier-39ZsbGIQGT5GWvitb5QawA@xxxxxxxxxxxxxxxx |
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