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[actus_l] Google entre en politique… publiquement + La politique est-elle s: msg#00078

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Subject: [actus_l] Google entre en politique… publiquement + La politique est-elle soluble dans l'algorithmie ? + Google et les machines à voter.

http://pisani.blog.lemonde.fr/2007/06/20/google-entre-en-politique%e2%80%a6-publiquement/

20 juin 2007

Google entre en politique… publiquement

Une multinationale de cette taille est dedans jusqu’au cou. Elle a des
dizaines, peut-être des centaines d’employés dans le monde entier qui
passent leurs journées à pousser lobbyistes, politiciens,
fonctionnaires, journalistes et intellectuels dans le sens qui convient
à leurs intérêts.

Elles font toutes ça, plus ou moins secrètement, selon leur culture.

Ce qui est peut-être nouveau c’est que Google vient d’ouvrir un blog
<http://googlepublicpolicy.blogspot.com/> sur lequel l’équipe chargée
“De la *politique publique et des affaires gouvernementales*” exprimera
ses points de vue.

*L’agenda* est chargé si l’on en croit Andrew McLaughlin, le
responsable: “attendez-vous à ce que nous nous exprimions sur des sujets
tels que la neutralité du net
<http://googlepublicpolicy.blogspot.com/2007/06/what-do-we-mean-by-net-neutrality.html>

, la censure, la régulation de l’innovation, l’immigration, la recherche
et le développement, la sécurité nationale et le commerce, pour n’en
nommer qu’une poignée.”

“Nous voulons,” poursuit McLaughlin, “que *nos utilisateurs participent*
à notre effort [auprès des officiels], qu’ils sachent ce que nous disons
et pourquoi, et qu’ils nous aident à affiner nos positions politiques
[policy positions] et nos stratégies engagées [advocacy strategies].”

Agir publiquement me semble préférable à le faire en cachette. Bravo
donc. Il s’agit aussi de nous faire participer explique le blog: “Avec
les contributions et les idées de nos utilisateurs, nous ne manquerons
pas de faire un meilleur travail dans *la lutte pour nos intérêts communs*“.

L’exemple mérite réflexion car il montre la double face de la
participation directe face à une institution de cette taille.

*Que se passe-t-il donc quand les intérêts ne sont pas communs?* Le blog
étant tenu par les employés de Google dont la fonction est d’abord de
servir les actionnaires, la question du contrôle et des objectifs est
réglée d’office. Reste celle de la transparence et de la gestion des
conflits.

*Voici la question* qui me turlupine (et qui pourrait les intéresser):
que faut-il pour qu’une initiative de relations publiques comme celle-ci
devienne aussi une contribution à la démocratisation des méga
entreprises multinationales?

20 juin 2007


http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2007/06/la_politique_es.html


La politique est-elle soluble dans l'algorithmie ?

Un moteur de recherche a-t-il une opinion politique ? Voilà qui ferait
un joli sujet de partiel pour mes étudiants (actuellement en vacances).
L'une des premières clefs pour répondre à cette question est de regarder
quels candidats/partis ledit moteur soutien majoritairement. Et de
regarder également l'historique de ses cotisations de soutien. D'où il
ressort rapidement que Google est de gauche. Enfin, de gauche
américaine, c'est à dire démocrate. La preuve ?

* En 2002 :
o il n'était pas dans le top 20 des plus grosses entreprises
informatiques finançant les partis politiques.
* pour les élections de 2004, Google entre en 14ème position avec
une donation répartie comme suit :
o 251 679 $ dont 99% aux démocrates et ... 1% aux républicains
o Microsoft de son côté est classé 1er avec 3 319 715 $ de
financement dont 62% aux démocrates et 38% aux républicains
* pour les élections de 2006 il remonte à la 8ème place :
o 288 487 $ de financement dont 91% aux démocrates et 9% aux
républicains
o (Microsoft, toujours premier avec 2 020 117 $ dont 56% aux
démocrates et 43% aux républicains.)

Tous ces chiffres, et bien d'autres sont disponibles sur le site
Opensecrets.org
<http://www.opensecrets.org/industries/contrib.asp?Ind=B12&Cycle=2006>.
Il y aurait énormément à dire sur l'analyse de ces quelques chiffres,

avec une vue globale et une autre, détaillée, entreprise par entreprise.
Mais ce n'est pas l'objet de ce billet. Signalons donc simplement (et
rapidement) que Google est dans le top 10 des plus grosses sociétés
informatiques avec une action de lobbying financier. Et que la couleur
de ce lobbying politico-financier est clairement en faveur des
démocrates (moindre mal ;-).
Par ces simples remarques, on atteint déjà ici un point central de la
problématique de ces outils d'accès (et prétenduement "d'organisation")
à l'information, lesquels outils - et les sociétés qui sont derrière -
interfèrent dangeureusement avec la sphère de la vie publique et de la
politique. Pour s'en convaincre, souvenez-vous par exemple des ravages
anciens du GoogleBombing et corrélez cela à la couleur politique de ses
anciennes "cibles" américaines ... Mais ce n'est encore que du domaine
de l'anecdote.

Et je repose donc ma question initiale : "Un moteur de recherche a-t-il
une opinion politique ?". Etant désormais acquis qu'un moteur de
recherche a une couleur politique, j'en pose une seconde : "Un moteur de
recherche peut-il donner son avis sur des problèmes politiques comme
ceux de l'immigration, de la censure (Good bye Daniel ...
<http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=650>), de la
sécurité nationale, etc. ?" Et bien je n'en sais rien, mais pour Google
la réponse est clairement "oui", puisque c'est tout simplement la ligne
éditoriale de son nouveau blog, "Google Public Policy Blog
<http://googlepublicpolicy.blogspot.com/>", lancé en Avril 2007. (Un
lancement que Sergi me signalait hier en commentaire
<http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2007/06/big_google.html#comment-73011674>,

et sur lequel Techcrunch
<http://www.readwriteweb.com/archives/googles_political_influence.php>
revient aujourd'hui longuement.) Ooooh, rassurez-vous, pour l'instant
rien de tonitruant ni de politiquement trop engagé. 13 billets publiés
en 3 mois, dont l'essentiel sont là pour garder trace vidéo du passage
de quelques "'politiques" par le GooglePlex. Mais tout de même, certains
billets sortent déjà du lot comme celui
<http://googlepublicpolicy.blogspot.com/2007/05/keeping-google-and-america-competitive.html>

dans lequel Google s'énerve contre la politique des visas de
l'administration Bush, une politique revue à la baisse, qui ne permet
plus à Google d'embaucher comme il le veut tous ces géniaux cerveaux
non-américains qui frappent à sa porte. Bref, Google veut de
l'immigration choisie, il en veut (beaucoup) plus, et il le dit
<http://googlepublicpolicy.blogspot.com/2007/05/keeping-google-and-america-competitive.html>.
Alors j'en voie dans le fond qui s'énervent et me reprochent encore ma
paranoïa galopante et mon anti-américanisme primaire (à moins que ce ne
soit ma paranoïa primaire et mon anti-américanisme galopant) :

* "/Béoui Google a une opinion politique, et alors ? Lagardère et
Dassault aussi. Bé oui Google finance des partis politiques.
Lagardère et Dassault aussi. Bé oui Google donne son avis sur la
politique migratoire des Etats-Unis. Etc etc./"

Certes ... mais ...

* Le lobbying politique chez Google est tout sauf anecdotique

<http://select.nytimes.com/gst/abstract.html?res=F30F10F93F540C7B8EDDAA0894DE404482>

* Google a des rêves de démesure qui sont ... à sa démesure. Et qui
rendent non pas simplement "possibles" mais "probables" les pires
scénarios Orwelliens, au premier rang desquels celui de la prise
de contrôle d'une centralisation du vote, par le biais des
machines électroniques à voter
<http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2006/10/google_et_les_m.html>.
* Lagardère et Dassault possèdent certes des pans entiers de
journaux, de groupes de presse, d'acteurs télévisuels avec plein
de temps de cerveau disponible à vendre (Good bye - bis - Daniel
... <http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=650>) mais
Lagardère et Dassault ne font que tenter de maîtriser à leur
meilleur profit une "chaîne de production" de l'information, là où
Google maîtrise tout un "écosystème" de valeurs, de produits et de
services.
* Pour le dire autrement - et plus simplement - Dassault et
Lagardère seront toujours (enfin j'espère ...) freinés par les
"sociétés des rédacteurs" (du Monde, de Libé ou d'autres ...).
Google News <http://news.google.fr> ne possède pas de "société des
rédacteurs".
* Lagardère et Dassault tentent de mettre sous leur coupe des
professionnels à fort pouvoir d'autonomie et de résistance (et de
plus en plus souvent, hélas, ils y arrivent ... Good bye - ter -
Daniel ...
<http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=650>), Google
a sous sa coupe des amateurs captifs qui sont le "produit" de
l'écosystème qu'il (Google) génère.

Pour toutes ces raisons là et pour bien d'autres encore, TechCrunch a
raison de titrer : "Google the Vote: How Google is Changing the American
Political Landscape
<http://www.readwriteweb.com/archives/googles_political_influence.php>".
Et nous avons probablement tort de ne pas être davantage paranos.
Google est sous nos yeux en train de bâtir son empire sur trois codes :
il a le code algorithmique. Il aura bientôt le code génétique
<http://mediabiz.blogs.cnnmoney.com/2007/05/22/sergey-brins-39-million-wedding-present/>.

Prenons bien garde de ne pas lui abandonner le code civil.




http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2006/10/google_et_les_m.html


Google et les machines à voter.

D'abord il y le savoir. La connaissance. Livresque. Immense et
universelle. A portée de clic. Et ce qu'en fît Google
<http://books.google.com>.
Ensuite il y a la planète. Immense. A portée de clic. Et ce qu'en fît
Google <http://earth.google.com>.
Enfin il y a la démocratie. Et l'ombre qui plane sur elle de ces
machines électroniques à voter <http://www.internetactu.net/?p=6566>.
Google contrôle déjà l'accès à l'information, et il est en passe de
contrôler celui de l'accès au savoir. Il est donc logique qu'il
s'intéresse au contrôle de la démocratie. Aujourd'hui sur le blog
officiel de Google, un billet intitulé : "Le guide du vote sur Google
Earth
<http://googleblog.blogspot.com/2006/10/google-earth-voter-guide.html>".
Il est signé par Hans Riemer, "directeur politique" d'une organisation
baptisée "Rock the Vote <http://www.rockthevote.com/home.php>",
organisation dont le slogan est "/Political power for young people/"
(pour plus d'informations sur cette association, voir cet article de
l'Humanité
<http://www.humanite.presse.fr/journal/1997-04-29/1997-04-29-777728>).
Nous y reviendrons, mais notons déjà que ces deux là partagent la même
cible marketing : les jeunes.
A l'origine du billet en question, il y a une nouvelle fonctionnalité de
Google Earth qui permet en cliquant sur les étoiles du drapeau
américain, de vous inscrire sur les listes électorales du district
concerné. Le même clic vous permet également d'afficher des liens
(organiques ou sponsorisés ?) vers les onglets "news, image et web" du
moteur de recherche concernant les différents candidats. Et le billet de
préciser : "/But an educated vote does require some Google searching,
especially when candidates try so hard to blur the differences./" (= un
vote bien informé nécessite une recherche sur Google, particulièrement
quand la frontière entre les discours des candidats tend à s'effacer
(sic ...)). Le billet se conclut alors en ces termes : "/J'attends avec
impatience le jour où les outils de participation électorale ("voter
participation tools") seront partout et en ligne./"
Que penser de ce billet ? Il n'est pas rare que Google invite des gens
extérieurs à publier un billet sur son blog. Mais cette démarche n'est
jamais neutre ...
Il est déjà suffisamment inquiétant, pour ne pas dire alarmant, que
Google se pose en guichet d'accès unique (ou presque
<http://grds04.ebsi.umontreal.ca/jms/index.php/2006/10/21/98-google-confirme-sa-sante-insolente>)

à l'information et bientôt à la connaissance. Il est tout aussi alarmant
de constater que les puissances politiques publiques gardent là-dessus
un silence déjà coupable, qui finira par devenir complice.
Considérant d'une part la masse d'information relevant de la sphère de
l'intime que le moteur collecte et conserve dans une planétaire base de
donnée des intentions, et considérant d'autre part sa récente entrée
dans une certaine forme de démocratie par le biais d'une
institutionnalisation du lobbying politique
<http://select.nytimes.com/gst/abstract.html?res=F30F10F93F540C7B8EDDAA0894DE404482>,

il serait alarmant que Google puisse ne serait-ce qu'envisager de
prendre le contrôle d'une centralisation du vote, par la biais des
machines électroniques à voter. *Ce scénario n'a aujourd'hui rien plus
rien de fantaisiste*. Google dispose des financements, des appuis
politiques et de l'architecture informatique qui lui permettraient
d'organiser le vote planétaire à l'échelle de chaque pays le désirant.
Ce ne serait là ni le premier ni le plus fou
<http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2005/11/puissance_de_ca.html>
de ces rêves de démesure. Nos sociétés occidentales n'hésitent par
ailleurs plus - et ce depuis déjà assez longtemps - à confier à des
sociétés privées la gestion d'intérêts et d'énergies fondamentales, qui
sont le bien commun des 6 milliards d'êtres qui peuplent la planète.
Hésiteront-elles longtemps avant de lui confier la démocratie ? La somme
considérable des liquidités de la firme de Mountain View, son ancrage et
sa stratégie de lobbying politique, la poudre au yeux
educativo-philantropique dont il a l'habileté de se parer sont autant
d'arguments qui doivent nous amener de toute urgence à redéfinir le
cadre d'exercice de ces multinationales, et la marge de manoeuvre que
nous souhaitons leur laisser. La connaissance, la planète et la
démocratie sont à portée de clic. Le cauchemar Orwellien librement
consenti, l'est également.

24 oct. 2006




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