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Subject: [actus_l] Questionnaire INSERM en Champagne + Testard : "Les succès de la génétique sont surtout policiers"

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-925773@51-925706,0.html

Jacques Testart : "Les succès de la génétique sont surtout policiers"

LEMONDE.FR | 19.06.07 | 21h31 • Mis à jour le 20.06.07 | 08h33
Jacques Testart est agronome et biologiste, directeur de recherche à
l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Il
est également le père scientifique du premier bébé-éprouvette français,
né en 1982. Il s'inquiète des études associant gènes et comportement.

/"Les succès de la génétique sont surtout policiers/, indique Jacques
Testart. /On trouve des gènes responsables de maladies, mais on en
soigne peu avec la génétique."/ Ce scientifique évoque également les
risques de mauvaise interprétation dans ce type de travaux :/"On peut
trouver un gène lié à la vitesse de l'influx nerveux, cela ne veut pas
dire que l'on a trouvé le gène de l'intelligence."/


De même, /"il ne faut pas perdre de vue la multitude de facteurs qui
influencent le message du génome. Par exemple, un gène favorisant un
comportement compulsif consistant à tenir quelque chose dans sa main ne
signifie pas que l'on est en présence d'un gène lié au fait de fumer un
joint ou une cigarette"/.




http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-925705@51-925706,0.html


A la recherche des gènes de l'addiction en Champagne-Ardenne

LEMONDE.FR | 19.06.07 | 15h04 • Mis à jour le 19.06.07 | 15h26
Quelque 5 à 6 000 jeunes scolarisés dans une vingtaine d'établissements
de Champagne-Ardenne ont participé à une étude sur la consommation de
substances psycho-actives en mars dernier. L'étude SAGE (Susceptibilité
à l'alcool : génétique et environnement), une /"enquête épidémiologique
et génétique analysant les facteurs impliqués dans la vulnérabilité aux
problèmes d'addiction"/ devait porter sur des sujets scolarisés mais
majeurs (/"afin d'éviter le consentement des parents"/, selon les termes
des auteurs du projet dans leur déclaration auprès de la CNIL).
L'Inserm, promoteur de l'étude, s'est appuyé sur l'Observatoire régional
de la santé (ORS) Champagne-Ardenne et le rectorat pour trouver ses
sujets d'étude. Le rectorat ayant instamment invité les proviseurs à
faire réaliser cette enquête dans leurs établissements.


La recherche, portait, selon l'Inserm et l'ORS Champagne-Ardenne, /"sur
l'interaction entre les facteurs environnementaux et génétiques, c'est à
dire qu'à l'aide d'analyses statistiques, nous chercherons à comprendre
comment les expériences vécues, la situation sociale et les antécédents
personnels et familiaux, par exemple, peuvent interagir avec notre
patrimoine génétique/ (...) /pour expliquer nos consommations et/ou
notre vulnérabilité à développer abus ou dépendance"/.

En clair, certains gènes peuvent participer au phénomène d'addiction.
Leur présence ne signifie pas que l'on va devenir alcoolique ou drogué.
Il y a, selon les promoteurs de l'étude, des interactions entre
l'environnement et le patrimoine génétique qui peuvent toutefois
déclencher des addictions. Un document remis à la CNIL pour obtenir son
accord explique que l'objectif de l'étude est /"de découvrir les traits
endophénotypiques (par l'évaluation de nombreux paramètres caractérisant
les sujets inclus) et les gènes (par l'analyse d'une dizaine de gènes
dits 'candidats'//) impliqués dans les effets ressentis des premières
consommations, effets qui constituent des marqueurs puissants du risque
ultérieur d'addiction, marqueurs pourtant très sous-évalués à ce jour"/.

*QUESTIONNAIRE ET PRÉLÈVEMENT BUCCAL*

Les jeunes devaient remplir un questionnaire anonyme contenant plus de
130 questions, puis, procéder eux-mêmes à un prélèvement buccal d'ADN.
Ils pouvaient en outre, s'ils le souhaitaient, laisser leurs noms et
coordonnées (y compris le numéro de sécurité sociale) dans une enveloppe
fermée pour être contactés à nouveau dans trois ans. L'idée étant
d'observer si les résultats initiaux se vérifieront quelques années plus
tard.

Le professeur Philip Gorwood, responsable de l'unité 657 de l'INSERM,
qui dirige cette étude, a obtenu un accord de la CNIL. Les jeunes
participants n'ont cependant visiblement pas disposé de toutes les
informations leur permettant de s'engager de manière éclairée dans cette
étude. Seul un proviseur de l'un des lycées concernés, le lycée
Jean-Jaurès de Reims, a refusé de laisser l'étude se dérouler dans ses
locaux. Il explique ainsi dans sa lettre d'information de mai qu'elle se
déroulait /"dans la précipitation"/ et que la communication était
/"insuffisante"/. Il n'avait d'ailleurs pas pu obtenir à l'avance le
contenu du questionnaire.

Ce questionnaire a été communiqué au Monde.fr par le docteur Gorwood.
Les questions ne sont pas posées sur un mode positif de type : /"Quand
vous étiez à l'école primaire, vous étiez un élève sans problèmes et
vous réussissiez votre scolarité ? "/ Au contraire, elles le sont sur un
mode négatif : /"Vous étiez désobéissant, /(...)/ vous aviez une
mauvaise opinion de vous-même ?"/ La lecture du questionnaire lui-même
dessine le profil de jeunes en situation de malêtre, sinon de détresse,
en difficulté scolaire frappés par des problèmes d'anorexie ou de
boulimie, de drogues, etc. Sauf s'ils ont répondu non à toutes les
questions bien entendu... En outre, l'enquête porte incidemment sur
l'ADN et l'origine ethnique de jeunes scolarisés : le questionnaire
comprend notamment des questions sur les origines des parents et des
grand-parents des personnes interrogées.

*UN CONSEILLER EN GÉNÉTIQUE AUPRÈS DU PRÉSIDENT*

L'enquête menée en Champagne-Ardennes s'inscrit dans le droit fil du
document de l'Inserm intitulé "Trouble des conduites chez l'enfant et
l'adolescent" (2005) qui avait déclenché un tollé en préconisant un
dépistage de certains troubles de l'enfant dès 36 mois. L'opposition à
ce rapport avait donné naissance au collectif /"/Pas de zéro de conduite
pour les enfants de 3 ans !" et un livre préfacé par Albert Jacquard.
Parmi les unités de l'Inserm ayant participé au dit rapport, l'on
retrouvait l'unité 675 du professeur Philip Gorwood. De même que dans
d'autres documents alliant recherche génétique et troubles mentaux de
l'enfant et de l'adolescent.

Au delà, cette enquête intervient dans un contexte de recours croissant
aux prélèvements génétiques, sous l'effet en particulier de la loi sur
la sécurité intérieure adoptée en 2003 sous l'impulsion du ministre de
l'intérieur Nicolas Sarkozy. Ce dernier, devenu président, s'est
aussitôt doté d'un conseiller en génétique en nommant le docteur Arnold
Munnich, conseiller à la présidence de la République, une première.
Arnold Munnich dirige l'unité "Handicaps génétiques de l'enfant" de
l'Inserm à l'hôpital Necker-Enfants malades.

/"Subrepticement, notre société, au nom du paradigme sécuritaire,
s'habitue à l'usage de ces marqueurs biométriques,"/ dénonce le Comité
consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la
santé (CCNE) dans un avis récent intitulé "Biométrie, données
identifiantes et droits de l'homme". Le CCNE s'offusque d'une /"loi qui
fait du refus de se soumettre à ce prélèvement /[ADN] /un délit"/. Le
Comité, en termes diplomatiques mais clairs, s'inquiète d'une volonté
masquée de fichage de toute la population : /"S'il s'agit d'initier une
pratique de prélèvements généralisés à toute une population, il n'est
nul besoin de prendre comme prétexte l'infraction à quelque règle que ce
soit. En ce domaine plus qu'en d'autres, la finalité des pratiques doit
être clairement définie."/

*Antoine Champagne*



http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-925772@51-925706,0.html


Un questionnaire orienté

LEMONDE.FR | 19.06.07 | 21h11 • Mis à jour le 20.06.07 | 08h30
Le questionnaire remis aux étudiants porte sur leur environnement : avec
qui vivent-ils, où sont nés leurs grands-parents, les parents
travaillent-ils, quel est leur niveau d'études ? D'autres questions
portent sur leur "profil" : sèchent-ils les cours, mangent-ils
correctement, ont-ils subi des agressions sexuelles, étaient-ils
distraits, anxieux, coléreux, déprimés, désobéissants, rebelles,
irritables, impopulaires, immatures à l'école primaire ?


Une autre partie du questionnaire vise clairement à déterminer leur
profil de délinquant potentiel : /"Avez-vous plus d'une fois utilisé une
arme comme une matraque, une arme à feu, ou un couteau lors d'une
bagarre ?"/, /"Avez-vous plus d'une fois imité la signature de quelqu'un
sur un chèque ou une carte de crédit ?"/, /"Avez-vous déjà pris de
l'argent ou le bien d'autrui par la menace ou en ayant recours à la
force, comme un vol à l'arraché ou voler quelqu'un ?"/

La partie sur les addictions ne vient qu'ensuite. Des questions portent
alors sur le niveau de consommation de certains produits (drogues,
alcool, cigarette) et les effets induits, ainsi que sur la consommation
des parents.

*Antoine Champagne*







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