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[actus_l] Soupçons sur le vote électronique + Volte-face aux Etats-Unis: msg#00033

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Subject: [actus_l] Soupçons sur le vote électronique + Volte-face aux Etats-Unis

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-884860@51-885010,0.html

Soupçons sur le vote électronique
LE MONDE | 19.03.07 | 15h12 • Mis à jour le 19.03.07 | 17h16

e 22 avril, un à deux millions de Français ne trouveront dans leur bureau de
vote ni bulletins ni enveloppes. Pour exprimer leur voix, ils presseront deux
touches - la première pour choisir un candidat, la seconde pour confirmer leur
choix. Pour la première fois en France, lors d'une élection présidentielle,
ces citoyens utiliseront des ordinateurs de vote. Un peu plus d'un millier de
terminaux sont aujourd'hui installés dans une cinquantaine de communes, mais
leur déploiement ne va pas sans polémique.

Depuis le début de l'année, plusieurs personnalités et partis politiques
s'interrogent sur les risques inhérents à ces systèmes. "Des machines à voter
basées sur des matériels informatiques sont aujourd'hui en cours
d'installation (...) en France, sans qu'un débat public ait eu lieu sur le
bien-fondé de cette technicisation du vote et les éventuels risques de fraude
et de manipulation", déclarent ainsi les Verts dans une motion adoptée début
février. Le Parti communiste est sur la même ligne. Selon Patrick Bloche,
député (PS) de Paris, "un sentiment de méfiance domine largement au Parti
socialiste" vis-à-vis d'appareils "qui semblent bien moins transparents que
les urnes en Plexiglas".

"Les machines à voter sont accessibles aux malvoyants, permettent un
dépouillement immédiat, sans gâchis de papier, sans besoin de table de
dépouillement, de scrutateurs, etc., plaide pour sa part Hervé Palisson,
directeur de France-Election, importateur en France des machines à voter
néerlandaises Nedap. Il faut savoir que, faute de volontaires, ce sont des
employés municipaux payés en heures supplémentaires qui procèdent au
dépouillement dans certaines communes."

Cette dématérialisation du suffrage est pour certains un risque intolérable.
"Le système de vote actuel a été conçu pour que quiconque, même le plus
ignorant, puisse se forger l'intime conviction que le vote s'est déroulé
honnêtement, dit Roberto Di Cosmo, chercheur au laboratoire Preuves,
programmes et systèmes (CNRS, université Paris-VII). Lorsque le vote se fait
par voie électronique, est-il possible de se forger, seul, la même
conviction ? La réponse est non : il faut recourir à l'expert, à l'argument
d'autorité."

L'impossibilité de vérifier l'intégrité du vote inquiète bien au-delà de
quelques universitaires ou personnalités politiques. La principale société
savante d'informaticiens, l'Association for Computing Machinery (ACM), a
récemment pris une position de consensus appelant à ce que tout système de
vote électronique soit doublé d'un dispositif d'impression d'un bulletin
contrôlé de visu par l'électeur. Ces bulletins papier pourraient être stockés
dans une urne classique, autorisant ainsi un recomptage ultérieur des
suffrages. Cette précaution ne figure pas dans le règlement technique émis en
novembre 2003 par le ministère de l'intérieur (il faut préciser que, dans le
vote traditionnel, les bulletins papier ne sont pas conservés mais détruits le
soir même après la proclamation des résultats dans chaque bureau, à
l'exception des blancs et nuls qui sont annexés au procès-verbal). Les trois
modèles d'ordinateur à voter homologués en France - construits par Nedap,
l'espagnol Indra Sistemas et l'américain ES&S - sont donc dépourvus d'un tel
dispositif de contrôle.

D'autres reproches sont formulés. "Le règlement technique du ministère admet
que le programme utilisé dans les machines à voter soit secret, c'est-à-dire
que le code-source ne soit pas rendu public, dit ainsi Chantal Enguehard,
maître de conférence en informatique à l'université de Nantes. Il est donc
impossible aux simples citoyens de l'examiner : la protection du secret
industriel a été jugée plus importante que la transparence de la procédure de
vote." Par la voix de son directeur, France-Election fait cependant savoir que
le code-source n'est pas rendu public pour des raisons de sécurité, mais qu'il
a pu être ausculté par des organismes de contrôle comme le Bureau Veritas.

A l'automne 2006, un groupe d'informaticiens néerlandais a fait l'acquisition
de machines Nedap pour en évaluer l'intégrité. "Ces informaticiens ont démonté
une machine, ont constaté qu'ils pouvaient en changer le logiciel et l'ont
reprogrammée pour jouer aux échecs", explique M. Di Cosmo. Surtout, ils
affirment être parvenus à capter les radiofréquences émises par la machine à
une distance de 25 mètres environ et être ainsi à même de savoir si le nom
affiché sur l'écran à cristaux liquides de l'appareil - le nom du candidat
pour lequel le vote a été enregistré - comporte ou non des caractères
accentués. "Ce qu'ils ont fait, c'est simplement de vérifier que la machine
fait bien ce qu'on lui demande", tempère M. Palisson. Quant à la possibilité
de surveiller à distance le fonctionnement de la machine, "l'expérience a été
faite sur un ancien modèle qui n'est plus en service et, de toute façon, il
serait possible de mettre en oeuvre le même type de surveillance avec le vote
classique, au moyen de caméras installées dans les isoloirs", réplique le
directeur de France-Election, qui fait valoir qu'aucun dysfonctionnement des
appareils Nedap n'a été rapporté.

"NEUTRALISER UN CANDIDAT"

L'exercice auquel se sont essayés les informaticiens néerlandais n'est pas
isolé. En octobre 2006, quatre chercheurs du département d'informatique et
d'ingénierie de l'université du Connecticut sont par exemple parvenus à
reprogrammer un terminal de vote Diebold, l'un des constructeurs les mieux
implantés aux Etats-Unis. "Une attaque de base peut neutraliser entièrement un
candidat, échanger les voix apportées à deux candidats ou biaiser les
résultats en reportant sur un candidat les votes apportés à un autre, écrivent
les auteurs dans le compte rendu de leurs travaux. La corruption du système
peut rester dormante jusqu'au jour de l'élection, ce qui rend impossible sa
détection par le biais de tests préélectoraux." Sans que des fraudes avérées
aient été mises au jour, plusieurs cas de défaillances de systèmes de vote
électronique ont été documentés ces dernières années, surtout aux Etats-Unis,
mais aussi en Europe.

Un exemple fameux est l'incident de Schaerbeek (Belgique), le 18 mai 2003. Le
décompte des voix exprimées avait excédé de plus de 4 000 le nombre d'inscrits
dans la circonscription. Incapable d'en élucider la cause, le collège
d'experts mandaté par les autorités fédérales belges a conclu que "l'erreur
(avait) très probablement été occasionnée par une inversion spontanée et
aléatoire d'une position binaire". C'est-à-dire, en somme, qu'un bit
informatique de l'ordinateur de vote a pris "spontanément" la valeur 1 au lieu
de la valeur 0. "Ce phénomène, ajoutaient les experts, est abondamment décrit
dans la littérature spécialisée." Il ne l'est pas dans le code électoral.

Stéphane Foucart (avec Edouard Bal)
Une pétition contre les "ordinateurs de vote"

Le site Ordinateurs-de-vote revendique plus de 8 000 signatures pour sa
pétition "pour le maintien du vote papier". Lancé par des "citoyens et
informaticiens", le texte, qui se signe en ligne ou sur papier, dénonce le
"déclin silencieux du contrôle démocratique". Le collectif invite les
signataires à se porter volontaires pour le dépouillement des bulletins les
jours de scrutin.

Article paru dans l'édition du 20.03.07



http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-884861@51-885010,0.html

Volte-face aux Etats-Unis
LE MONDE | 19.03.07 | 15h13
WASHINGTON CORRESPONDANTE

Après le fiasco de l'élection présidentielle de 2000 en Floride, lorsque les
scrutateurs en avaient été réduits à compter les confettis qui pendaient des
cartes perforées faisant office de bulletin de vote, une commission nationale
avait cru bien faire en recommandant la généralisation des machines à voter
électroniques. Aujourd'hui, les mêmes machines sont à leur tour contestées.


Aux élections de novembre 2006, un tiers des électeurs ont voté sur des
machines électroniques. De nombreuses contestations ont été signalées. Le
problème le plus sérieux a été localisé, encore une fois, en Floride : 18 000
bulletins ont disparu à Sarasota, alors que le candidat en tête n'avait que
369 voix d'avance. Les machines à voter ne prévoyaient pas de trace papier. Il
a été impossible de recompter.

Début février, le gouverneur de Floride, Charlie Christ, a annoncé son
intention d'abandonner le système d'écrans tactiles et de le remplacer par un
système de bulletins à lecture optique. Comme la Floride, la Virginie et le
Maryland ont décidé d'imposer une trace papier qui puisse permettre les
vérifications. Mais dans une vingtaine d'Etats, aucune trace papier n'est
disponible. Pour pallier cette lacune, le représentant Rush Holt a déposé un
projet de loi imposant une copie de chaque vote. La plupart des candidats à
l'élection présidentielle de 2008 soutiennent cette initiative. Aucun ne veut
être victime de l'incertitude, comme il y a quatre ans, où les résultats de
l'Ohio ont beaucoup varié au cours de la soirée, mettant l'élection nationale
en balance. "La démocratie ne marche que si nous croyons qu'elle marche,
estime M. Holt. Et la confiance dans le processus a l'air de s'éroder à chaque
élection."

Le 7 mars, Hillary Clinton a elle-même présenté un projet de loi au Sénat
(Count Every Vote Act) qui prévoit l'obligation pour les constructeurs des
machines d'inclure des traces papier, afin qu'il n'y ait "plus de votes
mystérieusement avalés par les ordinateurs". Elle demande aussi un accès égal
pour tous aux bureaux de vote.

Le Nouveau-Mexique et le Connecticut ont abandonné leur idée d'acheter des
machines électroniques. Ils sont retournés au papier. "Quelque part, nous
avons pris le mauvais tournant. Et nous avons vendu pratiquement tout le
processus à des compagnies privées qui nous vendent nos "machines de la
démocratie". Elles nous vendent les machines. Elles nous vendent le logiciel.
Elles gardent secret le logiciel et nous disent qui a gagné. Ce n'est pas la
démocratie", dit M. Holt. Dans son projet, il prévoit aussi l'interdiction de
connecter les machines à voter à Internet, pour éviter les piratages. Signe
des temps, le principal fabricant de machines, Diebold, mis en cause dans
l'Ohio en 2004, songe à vendre sa division Elections. Corine Lesnes Article
paru dans l'édition du 20.03.07. Réagissez à cet article Classez cet article
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