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Subject: [actus_l] un rapport jette un sérieux doute sur l’efficacité des systèmes de vidéosurveillance

http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1859

un rapport jette un sérieux doute sur l’efficacité des systèmes de
vidéosurveillance

article de la rubrique libertés > vidéosurveillance
date de publication : samedi 17 février 2007

Matériels de qualité inégale, dispositifs très hétéroclites, parfois conçus en
dépit du bon sens, coordination quasi inexistante avec les services de
police... Un rapport d’octobre 2005 sur la vidéosurveillance urbaine jette un
sérieux doute sur l’efficacité des caméras installées un peu partout dans nos
villes.

Le Parisien en a rendu compte le 4 septembre 2006 dans un dossier d’Aline
Gérard.

Un rapport qui dérange

En août 2005, à la suite des attentats de Londres, le ministre de l’Intérieur
demande à ses services d’évaluer les systèmes de vidéosurveillance de grandes
entreprises de transports sensibles (RATP, SNCF, aéroports) et de
collectivités locales. But de la mission : vérifier s’ils sont exploitables ou
pas, en cas de menace ou d’attentat terroriste. Les experts de la Place
Beauvau, qui auditionnent une multitude de professionnels, mènent notamment
l’enquête dans sept villes : Lyon, Marseille, Strasbourg, Orléans, Chartres,
Levallois-Perret, Saint-Herblain. Leur premier constat : aucune de ces villes,
hormis Strasbourg, n’a songé à la menace terroriste. Second constat : une
sérieuse remise en ordre s’impose.

Des villes débordées par la technique : envahies par les offres des
fabricants, les communes ont bien du mal à s’y retrouver. Du coup, chacun
bricole dans son coin et les solutions techniques retenues (caméra,
câblage...) ne sont pas toujours adéquates. Au point que, parfois, les images
sont floues, inexploitables. L’absence de normes de qualité est l’un des gros
points noirs. Autre problème : le fonctionnement de certains PC sécurité.
Devant le mur d’écrans, pas assez de personnel, des opérateurs mal formés et
des temps de veille bien trop longs.

L’absence d’évaluation : une fois les caméras installées, les élus négligent
dans 90 % des cas de vérifier quel est leur impact, notamment en matière de
prévention de la délinquance. Les caméras sont-elles placées aux bons
endroits ? Ils se rassurent de leur simple présence, sans chercher à optimiser
leur utilisation. Seul Lyon se donne la peine d’évaluer régulièrement son
système. Strasbourg l’a fait aussi, mais il y a peu.

L’insuffisance de coordination avec les services de police : visualiser un
incident sur la voie publique, c’est bien, encore faut-il que le PC sécurité
puisse alerter la police. Sur les 167 villes équipées de caméras en 2004, une
trentaine seulement étaient équipées d’un système de « déport », permettant de
basculer les images vers les services de police. C’est le cas notamment à
Strasbourg, Lyon, Chartres et Saint-Herblain. Et encore, le raccordement avec
le commissariat du secteur reste exceptionnel. Lyon est l’une des villes les
mieux notées dans ce domaine. A Orléans, en revanche, le système a été mal
conçu. Le rapport souligne aussi les réticences de certains responsables
policiers face à ces techniques.

Un contrôle défaillant : ce n’est que dans un but très précis qu’une ville
peut s’équiper de caméras. Mais le contrôle de la part des services de l’Etat
est inexistant. Les auteurs du rapport s’étonnent que les commissions
départementales de vidéosurveillance n’examinent jamais les finalités des
dispositifs. ________________________________

Un marché de plus d’un milliard d’euros

Entre 1 et 1,5 milliard d’euros, c’est ce que pèse aujourd’hui le marché de la
vidéosurveillance en France, selon le cabinet de consultants Icade Suretis. La
vidéosurveillance urbaine ne représente encore qu’une petite part du gâteau
(20 %). Mais le créneau est en plein boum.

« Après les grandes agglomérations, les villes moyennes s’y mettent, »
explique Eric Chalumeau, son patron. C’est un vrai casse-tête face à
l’avalanche d’offres des équipementiers et des bureaux d’études.

Des prix qui quintuplent

Vinci Energies, Siemens Security Systems, Thales, Philips, Cegelec, sans
oublier le grand spécialiste américain Tyco... chaque année, au salon Milipol
du Bourget, les grands noms de l’industrie rivalisent de trouvailles
technologiques pour « ferrer » le client : caméras « renifleuses » équipées de
capteurs d’agents toxiques, appareils à ultrasons spécialement conçus pour
vriller les tympans des moins de 20 ans et éviter les regroupements
d’adolescents, le Français Bertier annonce même des mini-drones capables de
survoler des zones sensibles et de se poser sur le rebord d’une fenêtre pour
espionner l’intérieur d’un immeuble. Difficile de résister. Sauf que, très
vite, bon nombre d’élus déchantent quand les factures se mettent à pleuvoir.
La sécurité urbaine, cela n’est pas donné. « Ce n’est pas le matériel qui
coûte le plus cher, ce sont tous les autres frais : le stockage des images, la
maintenance, le personnel. Ceci, les élus ont tendance à l’oublier » souligne
Eric Chalumeau. Sur le papier, le prix d’une caméra dôme anti-délinquance
pivotable à 360 o fonctionnant 24 heures sur 24 est de 3 000 €. Mais rien
qu’en ajoutant les frais techniques incontournables (câblage, logiciel,
stockage), la facture se monte en réalité de 15 000 à 20 000 € pièce, soit 200
000 € pour l’achat de dix caméras. Et ceci sans compter la maintenance (+ 15
%). Ni les frais de personnel. Pour un PC sécurité qui emploie nuit et jour un
chef et quatorze opérateurs, le budget s’élève à 450 000 € par an.

Clés

61 711 autorisations ont été délivrées par les commissions départementales de
vidéosurveillance depuis leur création en 1995, dont 7 085 l’an dernier. Le
ministère de l’Intérieur recense 300 685 caméras sur le territoire, dont 243
056 dans les lieux et établissements ouverts au public, 15 100 pour visionner
la voie publique et 42 871 dans les transports publics.

Les départements à forte concentration urbaine sont les plus concernés : ceux
de l’Ile-de-France, le Nord et le Pas-de-Calais, la Seine-Maritime, la
Moselle, le Bas-Rhin, le Rhône, la Gironde, l’Isère, les Bouches-du-Rhône, la
Haute-Garonne et les Alpes-Maritimes.

327 collectivités locales ont sollicité une autorisation d’installation en
2005 ; 84 en 2000 ; 104 en 2004.

La loi antiterroriste du 23 janvier 2006, en dépit des critiques de la
Commission nationale informatique et libertés (Cnil), a ouvert de nouvelles
possibilités d’installer de la vidéosurveillance « en cas de risque terroriste
». Autorités publiques et personnes morales peuvent arguer de cette menace.
Les préfets peuvent imposer leur installation aux sites « sensibles
» (aéroports, gares) sans avis préalable des commissions départementales. La
police peut en certains cas accéder aux images hors procédure judiciaire.
Source : ministère de l’Intérieur.

L’impact des caméras est faible
Un entretien avec Eric Heilmann
chercheur à l’université Louis-Pasteur de Strasbourg

* Pourquoi cet attrait de la part des villes, et pour quels usages ?

Eric Heilmann. Le premier avantage, politique, consiste à montrer qu’« on
fait quelque chose ». La vidéosurveillance est souvent conçue comme une «
machine à tout faire » : revitaliser un centre-ville ou un quartier ; prévenir
des actes délinquants ; aider à identifier un malfaiteur...

Or, le fort discours politique pour mobiliser des moyens se heurte vite à
la réalité : l’impact des caméras est faible, voire inexistant, jamais
durable, vite contourné et leur exploitation extrêmement coûteuse. Nombre
d’études anglaises l’ont démontré. La France cède au mimétisme et à la
surenchère.

* Comment évaluer le boom de la vidéosurveillance en France ?

On ne connaît pas le nombre exact de caméras dans notre pays, et pour
cause. La loi de 1995 ne soumet l’installation d’un système de
vidéosurveillance à autorisation que s’il concerne un lieu « public » ou «
privé ouvert au public » (guichets de banque, galeries commerciales,
parkings...). En dix ans, les commissions départementales chargées de rendre
un avis ont enregistré plus de 60 000 déclarations. Or, ce chiffre ne comprend
pas la multitude des caméras installées dans les espaces privés, soit la
grande majorité du boom de la vidéosurveillance.

* La réglementation est-elle insuffisante ?

Oui, elle est inadaptée et ne garantit pas les libertés publiques. La
grande majorité des équipements échappe à tout contrôle. Dans les
hypermarchés, par exemple, les caméras surveillent les voyous potentiels mais
aussi les salariés et les clients.

* « Big Brother » serait-il parmi nous ?

Plutôt qu’un « Big Brother », fantasme d’un pouvoir central malveillant
surveillant les citoyens, il s’agit de l’émergence d’une multitude de « Little
Brothers », petits et grands propriétaires qui disposent de pouvoirs
considérables sans avoir à se soumettre aux règles de protection de la vie
privée. Les gestionnaires de ces systèmes répondent d’abord aux intérêts de
leurs clients, voire à leurs intérêts propres. La sécurité devient un bien
marchand, que seuls les mieux lotis peuvent s’offrir. Et cela vaut aussi pour
les municipalités.

Aline Gérard


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