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Subject: [actus_l] 325 000 terroristes présumés

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-742374,0.html

325 000 terroristes présumés
LE MONDE | 17.02.06 | 13h21 • Mis à jour le 17.02.06 | 14h17
NEW YORK CORRESPONDANT

Plus de 325 000 noms : c'est le nombre de suspects que contient, selon le
Washington Post du 15 février, la base de données du Centre national de
l'antiterrorisme (National Counterterrorism Center,ou NCTC). Sa taille a été
multipliée par quatre depuis sa création, en 2003, sous l'autorité, alors,
d'une éphémère agence fédérale, le Centred'intégration de la menace terroriste
(Terrorist Threat IntegrationCenter).

Cette liste a pour objet de permettre aux services de sécurité deprotéger le
pays de nouveaux attentats en identifiant les personnesdangereuses. "Elle ne
concerne pas seulement Al-Qaida, mais toutesles organisations considérées
comme terroristes comme le Hamas, le Hezbollah, le FPLP, le GIA, l'IRA,
l'ETA", explique Michael Mason,directeur adjoint du FBI, la police fédérale.

Pour les organisations américaines de défense des droits civiques,un tel
fichier présente de nombreux problèmes. "La taille de laliste est choquante,
mais pas surprenante, a estimé TimothySparapani, conseil juridique du Syndicat
américain des libertés civiles(American Civil Liberty Union ou ACLU). Il n'y a
aucun contrôle. Etje doute qu'il y ait plus de 300 000 terroristes dans le
monde quiveuillent s'en prendre à ce pays."

Au moment de sa création, la base de données comportait quatre typesde
renseignements par personne ; aujourd'hui, il en compte parfoisjusqu'à
quarante. "On y trouve des surnoms, des descriptionsphysiques, des
photographies, des numéros de téléphone", expliquait Michael Resnick, officier
du FBI affecté au Centre nationalantiterroriste, lors d'une conférence à
Washington au début de l'année."Nous travaillons sur un éventuel apport de
données biométriques",avait-il ajouté.

Le Centre national antiterroriste a été créé en août 2004 quand laMaison
Blanche a finalement accepté, malgré ses réticences, de suivreles
recommandations de la commission d'enquête sur les attentats du 11septembre
2001.

Comme son nom l'indique, le Centre a pour mission de regrouperl'ensemble des
informations sur le terrorisme et se trouve sousl'autorité directe du
directeur national du renseignement, JohnNegroponte. Les informations dont il
dispose proviennentessentiellement de la CIA (Agence centrale de
renseignement), du FBI,de la Defense Intelligence Agency (le service de
renseignement del'armée) et de la National Security Agency ou NSA, l'organisme
chargédes écoutes.

Avant les attentats contre New York et Washington, il existait auxEtats-Unis
pas moins de treize bases de données sur le terrorisme,totalement
indépendantes et incompatibles. "Le Centre est le seulendroit où sont
centralisées toutes les informations", expliquaiten décembre 2005 son
directeur, le vice-amiral John Scott Redd.

Les données sont fournies au NCTC selon les critères définis par unedirective
sur la sécurité intérieure, signée en septembre 2003 parGeorge Bush. Il s'agit
d'informations sur des personnes "connuesou que l'on a des raisons de
soupçonner d'être engagées dans laconstitution, la conduite, la préparation ou
l'aide au terrorisme".

Les analystes du Centre peuvent rejeter des noms s'ils n'ontapparemment aucun
lien avec le terrorisme international.

Une liste actualisée est transmise régulièrement au Centre desurveillance
antiterroriste du FBI, qui lui ajoute des données dont ildispose sur le
territoire fédéral. Elle est fournie, enfin, dans uneversion allégée
comportant les noms, la nationalité, la date denaissance et des photographies,
à l'Autorité des transports, laTransportation Security Agency, pour son
fichier d'interdiction devols. Elle est également transmise sous cette forme
au département dela sécurité intérieure, pour les services de l'immigration,
et auCentre national d'information criminelle, afin d'être mise à
ladisposition des polices locales.

Le FBI conserve des renseignements plus précis. Selon un rapport dejuin 2005
de Glenn Fine, l'inspecteur général du département de lajustice, dont dépend
la police fédérale, le FBI dispose de références "sur la façon dont les
individus sont associés au terrorismeinternational" via des codes comme
"membre d'uneorganisation terroriste étrangère", "pirate de l'air", "a été
engagé dans le terrorisme".

Les suspects sont également divisés en deux catégories : "ceuxqui sont
considérés comme armés et dangereux" et les autres.Toujours selon ce document
de juin 2005, la base du FBI contenait alors270 000 noms, dont une faible
proportion d'Américains, avant tout liésà des mouvements néonazis, extrémistes
racistes blancs ou écologistesradicaux.

"Personne ne sait quelles sont les conséquences exactespour un individu qui
figure sur la liste. Est-ce que cela signifiequ'on vous refuse un visa pour
entrer aux Etats-Unis, que vous nepourrez pas obtenir un travail pour le
gouvernement, que vous serezarrêté, poursuivi ?", s'interroge David Cole,
professeur de droità l'université de Georgetown à Washington, spécialiste des
libertésindividuelles. "Plus de 325 000 noms, c'est un nombre considérable,qui
conduit à s'interroger sur les critères retenus pour établir cetteliste,
ajoute-t-il. Cette administration a malheureusement pourhabitude, en matière
de terrorisme, de ne pas s'embarrasser, d'arrêterdes milliers de personnes,
comme au lendemain du 11-Septembre, et,finalement, de n'en traduire aucune
devant la justice."

Les erreurs ou approximations semblent fréquentes. Les 325 000 nomsrépertoriés
ne correspondraient en fait qu'à 200 000 personnes, parcequ'un même individu
peut apparaître plusieurs fois dans le fichier sousdifférents noms ou
orthographes. "Il est malheureusement courant pourdes gens ayant des noms
similaires à ceux figurant sur la listed'interdiction de vol d'avoir des
problèmes répétés dans les aéroports.Quatre ans et demi après le 11 septembre
2001, vous n'avez aucunegarantie si vous êtes innocent et l'avez prouvé,
d'avoir été retiré dela base de données", explique M. Sparapani, de l'ACLU.

Ainsi, les "Michael McMahon" - il y en a des centaines dans lesannuaires aux
Etats-Unis - ont souvent des ennuis quand ils prennentl'avion. Car il existe
un Michael McMahon membre de l'IRA irlandaise.L'ACLU donne un autre exemple,
anonyme : celui d'un entrepreneur dePennsylvanie ayant le même patronyme qu'un
terroriste algérien, et quis'est vu refuser plusieurs contrats par le
gouvernement fédéral. LeGovernment Accounting Office (GAO), l'organisme
d'enquête du Congrès,critique dans un rapport de mars 2005 à la fois la
lenteur et leserreurs techniques commises par le Centre antiterroriste lors
duregroupement des différentes bases de données.

Plus grave, Cathleen Berrick, enquêtrice du GAO, déclarait le 9février, devant
le Sénat, que la liste d'interdiction de vol est malprotégée et donc exposée
au piratage informatique.

Mais, pour les défenseurs des droits de l'homme, le principalproblème provient
de la quasi-impossibilité de modifier la liste. "Iln'existe tout simplement
pas de procédure pour en être rayé, et lespersonnes qui la gèrent n'ont aucun
intérêt à consacrer du temps àeffacer des noms", affirme Marc Rotenberg,
directeur du Centred'information sur la vie privée. Eric Leser Article paru
dans l'édition du 18.02.06

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