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Brevetabilité des logiciels: msg#00327

Subject: Brevetabilité des logiciels
Un article très intéressant à mon avis, trouvé à l'adresse:
http://humanite.fr/journal/2003-08-28/2003-08-28-377763

bye
Klaus
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 Brevetabilité des logiciels " Communisme informationnel " contre 
privatisation de l'universel

Jérôme Relinger

Membre du Conseil national, délégué TIC du PCF

La directive européenne dite " Brevetabilité des inventions mises en ouvre par 
ordinateur ", en premier point à l'ordre du jour de la session du lundi 1er 
septembre à Strasbourg, constitue une étape cruciale dans la bataille que 
mène le capitalisme pour garder la mainmise sur la valeur ajoutée 
informationnelle. Cette directive entraînerait une extension considérable du 
champ d'application de la propriété intellectuelle. Elle stériliserait la 
création et la diffusion du savoir dans un domaine indispensable à la 
recherche, au stockage et à la propagation des connaissances.

Les logiciels sont actuellement couverts en Europe par le droit d'auteur, qui 
garantit que personne ne peut récupérer un programme écrit par un tiers sans 
son accord. Ce système fonctionne, puisqu'il a permis à des entreprises du 
milieu Informatique de se développer quand leur logiciel était performant. 
L'application des droits d'auteur permet à quelqu'un d'autre de réécrire un 
programme ayant des fonctionnalités comparables, et éventuellement 
supérieures. Les droits d'auteur ont donc un effet dynamisant car permettant 
la concurrence, mais pas pénalisant pour l'auteur, celui-ci ayant toujours le 
bénéfice de son avance.

Conséquences de plusieurs années de pression et de lobbying, la directive " 
Brevets logiciels " se propose de remplacer le modèle européen du droit 
d'auteur par celui du brevet. Elle ignore, dans une absence sidérale de 
concertation, les prises de positions diamétralement opposées de toutes les 
associations (la seule pétition d'Eurolinux a recueilli plus de 160 000 
signatures !) et de très nombreuses PME et administrations concernées. 



Si cette directive passait, ce sont plus de 30 000 brevets déjà déposés " par 
précaution " auprès de l'Office européen des brevets (organisme exempt de 
tout contrôle démocratique) qui deviendraient légaux, anéantissant 
l'informatique libre et la recherche publique.

Le passage du droit d'auteur vers la brevetabilité tuerait l'émulation des 
développeurs informatiques au profit d'une recherche éperdue de position de " 
rente informatique hégémonique " pour les multinationales. Dans un secteur 
aussi volatile que l'informatique, où la durée de vie d'un logiciel est 
d'environ 18 mois, la possibilité de breveter un logiciel bloquerait toute 
concurrence pour 20 ans.

Cela ne pourrait qu'avoir un effet désastreux sur les petites et moyennes 
entreprises européennes dans le secteur informatique. Seules les ténors de 
l'informatique actuelle auraient les moyens de déposer des brevets pour 
chaque idée nouvelle. Les entreprises plus modestes pourraient alors 
enfreindre, sans s'en rendre compte, tel ou tel algorithme enfermé par un 
brevet européen, et se voir poursuivies en justice. Contre performante en 
terme de dynamisme économique, cette directive pourrait bien étouffer la 
créativité des nombreux artisans de l'ombre auxquels l'Internet et les 
technologies de l'information et de la communication doivent tant.

Universaliser ou privatiser le savoir ? 



L'extension du champ de la brevetabilité générerait un glissement sémantique 
dangereux entre l'invention et l'idée. Armées d'une telle loi, les 
transnationales pourront arguer de l'interdiction faite à l'humanité de 
puiser dans le patrimoine logiciel, et plus encore, dans la vie des idées 
elle-même. Ce sont tous les champs du savoir et de l'intelligence qui sont 
concernés, menacés par le nouveau fantasme libéral : " la lumière du soleil 
est à moi, je l'ai brevetée le premier ".

Enfin, cette possibilité asservirait tous les choix collectifs stratégiques 
(enseignement, recherche, collectivités, administrations.) aux partis pris de 
quelques multinationales, aussi discutables soient-ils. Les centaines de 
milliers d'utilisateurs touchés par le récent virus " Blaster " (permis par 
une faille de sécurité de Microsoft) apprécieront.

La volonté de l'Union européenne témoigne en fait des opposions structurelles 
entre la recherche de rentabilité sur le marché des logiciels, opportunément 
aidée ici par la puissance publique, et la logique de partage de 
l'information du réseau Internet.

Internet est en effet un gigantesque espace de démonstration concrète des 
limites du capitalisme. Les logiciels libres, les communautés interactives, 
le partage et l'élaboration collective de l'information sont une remise en 
cause de la pyramide traditionnelle des pouvoirs, appelant la coopération et 
l'échange. L'universalisation de la connaissance interpelle les inégalités 
qui structurent notre société et révèle la nécessité de rechercher d'autres 
modes de rétribution des producteurs de contenu, que ceux organisés par le 
seul Capital.



Menacés par les performances supérieures des produits issus du monde de 
l'informatique libre, les firmes monopolistiques réagissent. Pour ne pas 
perdre leurs profits captifs, les industries géantes du disque et du 
logiciel, les lobby de la propriété intellectuels et les multinationales de 
l'informatique tentent de reprendre le contrôle par la contrainte et le 
procès. L'assaut de grande ampleur engagé sur le triple plan technologique 
(microprocesseurs espions de type " Palladium "), politique (pressions et 
lobbying) et juridique (loi sur la société de l'information, loi sur 
l'économie numérique, directive européenne EUCD, directive européenne " 
brevets logiciels ", etc.) vise en fait à redistribuer en profondeur les 
cartes du développement de l'Internet.

D'autres modes de rétribution sont possibles

A contrario, les acteurs des communautés du libre démontrent la validité et 
les performances techniques et sociales d'une informatique libérée des 
contraintes de rentabilité, qui reste une priorité pour l'accès à 
l'information, et donc à la citoyenneté.

Le logiciel libre et l'échange volontaire des richesses immatérielles 
n'impliquent pas la démonétisation des contenus, gestes et ouvres 
artistiques, produits logiciels ou intellectuels d'une autre nature. Ceux qui 
les créent doivent être rétribués car le contraire du capitalisme n'est pas 
la gratuité.

D'autant que les logiciels libres ne sont eux-mêmes pas gratuits. Ils sont en 
partie développés par des entreprises de taille réduite, qui voient dans le 
libre l'occasion d'accroître la visibilité de leurs produits sur le marché. 
Très actives, elles ont largement contribué à la diffusion de technologies 
qui ont profité à tous et constituent un véritable réservoir d'emplois ; 
certes, souvent précaires. Mais ces logiciels sont également le produit de 
l'activité d'étudiants ou d'universitaires, payés par l'effort public, de 
salariés en dehors de leur temps de travail, ou d'entreprises qui y voient un 
investissement. La question de leur financement est donc posée, y compris par 
le secteur privé. 



Avec d'autres, le Parti communiste français, acteur des communautés du libre 
depuis 1995, considère le brevet logiciel comme dangereux et néfaste, et 
renouvelle ses propositions faites il y a déjà plusieurs années. Il s'agit 
d'instaurer " une taxe Tobin numérique " permettant de mettre une partie des 
profits permis par le développement de l'Internet au service de la 
performance sociale, et un intéressement des entreprises qui développent 
leurs logiciels sous licence libre, dans la lignée d'autres propositions sur 
le crédit bancaire ou l'imposition bonifiée en fonction de la création 
d'emplois.

Il est également proposé la création d'une " agence de développement du libre 
" qui pousserait à rendre les logiciels libres accessibles aux non 
informaticiens, pour assurer la capacité de publication des utilisateurs sur 
Internet. Enfin, il est envisagé l'obligation d'utiliser des logiciels libres 
pour protéger les données publiques et institutionnelles, partout où c'est 
possible dans les administrations et les structures dépendant de l'État. 
L'articulation de certaines subventions d'équipement pourrait aussi être 
conditionnée au respect de cette obligation par les collectivités régionales 
et locales. Bien sûr, l'accès garanti aux données publiques et 
institutionnelles devrait être gratuit : suppression des concessions en 
vigueur et renforcement de la responsabilité publique de leur mise en ligne, 
bien entendu dans des formats libres.

En se gardant bien d'aborder ce genre de problématique, la Commission et le 
Conseil de l'Europe, par la voix du Parti socialiste européen, se font une 
fois de plus le relais complaisant de l'intérêt privé à plus court terme, 
n'hésitant pas à sacrifier l'intérêt commun en stérilisant la pensée 
créatrice dans un domaine devenu crucial pour le développement humain.

jrelinger@xxxxxx

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